mardi 15 juin 2010

Le Ma, espace qui relie



Le ma signifie l’intervalle, l’espace, la durée, la distance. Non pas celle qui sépare, mais celle qui unit.
Son kanji symbolise un soleil (petit kanji au milieu) entouré par une porte. Le 間合い (ma-ai) est très présent dans les arts martiaux où il désigne l'espace entre deux adversaires qui détermine le protocole du salut et de l’engagement du combat ; non seulement la distance entre les deux adversaires, mais aussi le temps qu'il faut pour franchir cette distance. Le Kanji 合pour "ai" représente un pot avec un couvercle dessus et symbolise deux choses qui s'accordent ensemble, l’union, l’harmonie.


I. Nonaka déclarait : « You and me » as an object does not exist, only the relationship exists".


Etre vide, c’est être plein de rien
Cette notion d’espace, ou d’espace-temps qui relie les choses et leur donne leur sens est enraciné dans la culture asiatique, comme l’illustre ce poème de Lao Tseu, philosophe chinois du VIe siècle av. J.-C. :
L'utilité de l'argile dans la fabrication des pots
Vient du creux laissé par son absence.
Pour les japonais, être vide, c’est être « plein de rien ».
Hidéo Kamata, auteur du livre « Les japonais ne sont pas ceux que vous croyez » reprend cette idée du vide en déclarant que dans l’esprit japonais « la vérité ne peut pas se transmettre par la parole, la vérité existe dans le vide entre les paroles, entre les lignes ».

Le Kôjien (équivalent du Petit Robert pour la langue japonaise) propose pour "ma"
Musique, Danse : La pause (suspension) qui crée le rythme, inaction entre deux mouvements, silence entre deux phrasés musicaux.
Théâtre : Petite pause marquée pour laisser à la réplique le temps de porter, de faire son effet , immobilité active.
Pour le philosophe Noriko Hashimoto , le silence du ma est le résultat d’une concentration parfaite, la cristallisation d’un pouvoir d’intériorisation en tant qu’être.
Cela renvoie au professionnalisme de l’exécutant, à la fois complètement investi dans l’action, mais conservant suffisamment de recul pour apprécier l’effet l’ensemble, le sens de l'enchaînement, le sens de la performance d'ensemble.

Le ma et l’esthétique japonaise
Fumihiko Maki, architecte japonais contemporain, a introduit un concept spatial japonais adapté aux besoins urbains modernes, en respectant la nature et la culture japonaise. Il y alterne le principe du cocooning autour d'un espace intérieur (oku), des ouvertures sur d'intimes jardins japonais, avec l'usage d'espaces ouverts (ma) ; il introduisit le concept architectural dominant des années 1970, le «métabolisme de la convertibilité », qui permet de modifier l'utilisation des espaces en les adaptant aux besoins du moment, toujours fortement présent dans l'ensemble des constructions japonaises. Dans l’art de l’Ikebana (composition florale), « ce qui est produit, c’est la circulation de l’air, dont les fleurs, les feuilles, les branches (mots beaucoup trop botaniques) ne sont en somme que les parois, les couloirs, les chicanes, délicatement tracés selon l’idée d’une rareté… » (Roland Barthes, l’empire des signes). On retrouve aussi cette notion d’esthétique du vide dans l’arrangement des mets au cours des repas : l’art de la table est érigé au Japon au même rang que l’ikebana ou que la calligraphie. On ne sature jamais l’espace, on ne remplit jamais le bol, l’équilibre -entre le contenant et l’espace qu’il contient, et -entre cet espace et la nourriture, est crucial. (voir chapitre xx)


Mots-clés
本音, honne représente la sphère d’intimité d’une personne, ses vrais sentiments et ses désirs intimes ; ils sont tenu secret, sauf avec ses plus proches amis.
建前, tatemae littéralement «façade», représente au contraire le comportement et les opinions affichés en public, ce qui est attendu et exigé par la société selon sa position et les circonstances. Cette nécessaire gestion de la dualité Honne/Tatemae est une grande caractéristique de la Société japonaise, et également une grande rigidité dans l’étiquette. Ce perpétuel conflit entre Honne, Ninjô (compassion) d’un côté, et Tatemae, giri (obligations sociales) de l’autre, a d’ailleurs toujours été l'un des thèmes favoris du théâtre japonais : le protagoniste aura à choisir entre l'exécution de ses obligations envers sa famille ou d'un seigneur féodal et l'amour interdit. La mort sera souvent le seul moyen de sortir du dilemme.

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